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18 mai 2010

Mon père, cet étranger..

Depuis longtemps, mon modèle amoureux était mes parents.

Je ne pense pas être comme tous ces enfants qui ne comprennent pas lorsque leurs parents se séparent, alors qu'il y avait des signes avant coureurs.

Je ne suis pas la seule qui pensais que eux deux, ils n'étaient pas comme les autres, qu'ils étaient trop bien ensemble et que plus rien ne pourraient les atteindre après ce qu'ils ont vécu ensemble et avec l'amour et l'admiration mutuels qu'ils se portent.

J'en riais, plus jeune, leur disant qu'ils se suffisaient à eux-mêmes, et qui explique pourquoi ils n'ont pas beaucoup d'amis.
Je plaisantais sur le fait que les enfants partis, ils seraient tranquilles à siroter leur verre de vin et à tirer sur leur clope respective.
Je niais la possibilité qu'ils rencontrent quelqu'un même lorsqu'eux mêmes me disaient que personne n'était à l'abri, même pas eux.

Moi et mes foutus piédestaux...
On ne peut que s'en casser la gueule !


Mon père l'a fait admirablement bien.
Fin février, en fin d'après-midi, je reçois un appel de la maison et m'attend à tomber sur ma mère. Loupé !
Déjà je tique. Bizarre...

Il me demande où je suis, si je suis toute seule, me dit qu'il aurait aimé me dire ça autrement.
Je pense immédiatement à ma grand-mère.

"Je quitte la maison". Première tarte dans la gueule.

"J'ai rencontré quelqu'un". Deuxième claque dans la face.

Je suis abasourdie, reprend mes esprits et me rappelle qu'il reste mon père quoiqu'il arrive. Lui demande comment va ma mère.

"Elle m'aime, elle m'attend". Douche froide.

Je n'arrive même pas à être en colère, je suis trop atterrée. Je lui lâche quand même : "J'espère qu'elle en vaut la peine".

"Pour moi oui..." d'un ton penaud. Là c'est moi qui ai envie de lui mettre une torgnole.

Puis gros blanc et d'une voix craintive : "Je sais la peine que je vous fais à tous. J'espère que vous ne m'en voudrez pas et que l'on pourra rester en contact".

"Rester en contact" !!! C'est quoi ? La fin d'une colo ? On s'échange nos adresses mais on sait que l'on ne se reverra jamais ??

On finit par raccrocher, il doit appeler encore un de mes frères...
Lorsque je peux enfin voir l'écran de mon téléphone clairement, je textote mon petit frère et m'enquis de savoir comment il va.

Mal.

Evidemment.

Il finit par quitter son boulot. Lui est catégorique. Il a "de la haine pour Papa". Redoublement de larmes. Je lui répète les propos de mon père, il ne sait pas s'il reviendra.
"Et ben ça serait pire !"

Mon grand frère est anéanti, lui, l'aîné, ne comprend pas que ses parents se séparent alors qu'il a 28 ans, le plus souvent on est encore gamins lorsque ça arrive. Là ils avaient fait le plus dur, c'était sensé rouler tout seul.
Il pense déjà aux prochains Noëls et repas de famille.

Illumination. Sanglots violents.

Je me retrouve toute seule dans notre grand appart', aucun coloc' et c'est tant mieux.
Je me mets en pyjama, ferme les volets et me blottis sous ma couette. Position foetus à la con.

Ma coloc' finit par monter. Elle aussi pense à ma grand-mère (la pauvre...) en voyant ma tête et surtout mes yeux qui semblent avoir subi des injections de collagène.
Elle est maladroite mais je n'aurais pas fait mieux.
Mes parents étaient venus me voir ensemble une semaine plus tôt... Elle n'a rien remarqué d'anormal.

Moi non plus. Et ça me tue ! J'ai pensé que ma mère était juste très fatiguée. Tu m'étonnes ! A garder ça pour elle pendant 2 mois..!
C'est elle qui a voulu venir me voir à deux, histoire de le garder un peu plus longtemps avec elle et parce que ça faisait un moment qu'ils devaient venir découvrir mon nouveau lieu de vie où je me sens bien...

Il ne voulait pas nous gâcher les fêtes...
Alors ça veut dire que ça dure depuis longtemps ? On décide pas du jour au lendemain de quitter sa femme et ses 4 enfants...

J'aurais aimé dormir pendant les 24 heures suivantes. Ne plus penser. Ne plus imaginer les pires choses. Ne plus se remémorer des souvenirs et y voir plus clair. Ne plus analyser. Ne plus s'en vouloir de n'avoir rien senti.

Et encore rien senti..! Ma mère m'a raconté qu'une fois, je faisais plein de vannes du genre :" Maman tes fondants sont trop bons, t'es vraiment l'épouse parfaite !"
Mon père était mal, ma mère le consolait à cette époque...

Ma mère a perdu 11 kilos. Je me suis retenue de pleurer lorsque je l'ai vue en débardeur.
Somnifères et anxiolytiques.

Mon aîné de frère qui n'habite pas loin, tous les 2 soirs à la maison. Il l'a vu dans des états... A ne pas pouvoir se lever. Le médecin qui s'est déplacée.
Mon frère est mal. Il voit le comportement de mon père et il est énervé.

Mon père ne nous a pas rappelés. Quelques textos ou mails pour ma part, parce que je lui écrivais ou parce que j'avais des partiels ou besoin de paperasses...
Il a peur je pense.
Mon grand frère s'approche dangereusement de l'âge où l'on veut avoir des enfants. Son modèle paternel s'est cassé la gueule avec fracas. Je n'ose imaginer son état actuel.

Mon autre grand frère est à Lyon mais est descendu plusieurs fois. Il s'en veut de ne pas être descendu avant. "Tu n'as rien à te reprocher, ça n'aurait rien changé, tu n'aurais rien remarqué. Ils sont venus en Corse pendant une semaine ! Je n'ai rien vu...!" lui ai-je rétorqué.

Je comprends mieux pourquoi ma mère a fondu en larmes lorsqu'elle a appris qu'il quittait sa copine...

Et enfin mon petit frère évite le sujet. J'ai essayé de l'aborder mais il m'a répondu fermement qu'il n'en avait pas envie.
Déjà lorsque je suis rentrée en avion le lendemain de l'annonce paternelle, il n'est pas rentré à la maison avec nous, il ne s'en sentait pas le courage. Pas assez fort pour voir ma mère. Il nous a quand même rejoints à l'aéroport quelques minutes.

Scène atypique d'une famille bouleversée dans un aéroport... Se forçant à boire quelque chose car la faim n'était vraiment pas là.
Se retenant de pleurer tous ensemble, tentant de ne pas trembler à chaque phrase, à chaque geste.


Je ne reconnais plus mon père.
J'ai fini la fac et je suis en stage. Je devais déménager.
Il m'a demandé comment j'allais faire lorsque je lui ai demandé de m'envoyer des papiers.
J'avais déjà tout prévu avec ma mère.

Avant il s'en serait soucié avant et aurait pris des jours pour m'aider.
Avant il me l'aurait demandé un mois à l'avance.

"Ton père vit une vie de château pendant que moi je fais du camping en Corse avec toi ! Il ne cache même pas ses dépenses, je peux le suivre à la trace ! Restos à gogo, chaussures à 80 €..."

J'entends des choses que je ne devrais peut-être pas entendre mais tant pis ! Lorsque l'on vit ce genre de choses, on grandit plus vite. On acquiert un statut qui fait que notre mère peut se confier à nous.

Ma mère n'a plus peur de rien, ou de pas grand chose. Le vide. Pfff ! La vitesse. Bah..
La censure s'est envolée un petit peu. J'ai parlé de sexe avec elle.
Elle fait des efforts et arrive à nous dire "Je t'aime".
Elle me répète au téléphone que "heureusement on est là, qu'elle tient grâce à ses formidables enfants."


J'ai passé plus d'une heure en voiture avec mon père la semaine suivante, car je lui ai demandé de me ramener à l'aéroport.
On a du parlé pendant 10 minutes, dont le principal pour savoir si je voulais manger quelque chose à l'aéroport.
Qu'il nous aime et qu'il est là si on a besoin. Qu'il est rassuré que l'on ne le juge pas et que l'on ne soit pas en colère. Qu'on ne le rejette pas.

Il se chie ! et ça m'énerve !!! Son regard tout penaud, son dos voûté... J'avais envie de le secouer, de lui mettre une claque pour le réveiller !
Je ne le reconnais plus.
Je ne sais pas quoi lui dire si jamais il a l'illumination de m'appeler.
Profitant d'un échange de mail, je lui ai dit ce que j'avais sur le coeur :

"Hébergement et déménagement je me suis débrouillée. Tu ne t'en soucies que maintenant ? Mon Papa qui se pliait en 4 pour m'aider dans ce genre de tâches me manque. J'espère qu'il reviendra bientôt."

Il me semble que je reste ouverte, une fois de plus je ne le dénigre pas, ne le juge pas... Je lui demande de continuer à être présent dans ma vie.

Sa réponse :
"Difficile de s'en soucier à distance et quand il n'y a aucune demande mais je te fais confiance pour te débrouillardiser même dans ce genre de situation.
Je sais que je faillis à ma réputation de "perfection" dans tous les domaines, c'est la vie, tu me manques aussi et j'espère quoi qu'il arrive garder le contact. Si tu as besoin d'aide, de paroles, j'existe toujours".

Je ne lui ai pas répondu. Que dire ?
Il fait de la peine. Il n'a pas l'air d'assumer, il semble attendre que la foudre s'abatte sur lui et ne prend pas ses responsabilités.
Je lui ai dit au téléphone que je ne le jugeais pas, qu'il était toujours mon père. Mais encore faut-il qu'il continue à jouer son rôle !


Bref. Je me décide enfin à vider mon sac car ma mère m'a appelée ce soir à 22h. Je le sentais mal. Elle me demande si je peux lire un mail qu'elle va m'envoyer et me rappeler après.
Mon père lui a parlé de divorce.

Ce qui devait arriver a fini par arriver.
Il vaut mieux en fin de compte. Ma mère va pouvoir avancer. De toute façon elle ne le reconnaît plus. N'a plus l'estime qu'elle avait pour lui en tant que père de ses enfants. Il vit sur une autre planète.
Elle lui a reproché de nous abandonner. Il pensait qu'on l'appellerait...


Parfois je pense à tout ça et je n'arrive pas à réaliser. Le fait d'être loin, la réalité ne s'impose pas à moi au quotidien.
Et parfois je n'arrive pas à réaliser.
Mon père avec une autre.
Mon père qui ne dort pas à la maison.
Mon père qui sourit et fait des blagues à une autre.
Mon père penaud, crispé.

Franchement ça le rajeunit pas ! Si c'est la crise de la 50aine je ne suis pas sûre que le calcul soit bon. Apparemment pour lui ce n'est pas une erreur.
Je lui souhaite.

12 mai 2008

"La première fois...

...des fois juste en claquant des doigts, la première fois qui se déclenche malgré soi, (...) et malgré soi s'attacher à quelques secondes, la première fois, et pourquoi pas une deuxième....."

Mon petit frère n'est plus. C'est un grand. Je me le rentrerai jamais dans le crâne, ça, mais je peux essayer. Il peut bien faire 1m80 et me toiser du haut de ses épaules larges, ce sera toujours le nain pour ses frères et soeur.

Hier soir, après avoir regardé sur mon ordi le "Charlie et la chocolaterie" de Walt Disney puis un film lesbien "All over me" (avec Alice d'L Word avec des cheveux roses !!!!!) (mon petit frère aime bien les films lesbiens, il dit que c'est mieux...), on est allé se caler dans ma chambre.

J'ai roulé un petit pétou grâce à la bonté d'Aïe...

Nous avions un sourire niais et l'haleine dégueulasse. En plus des pets foireux que le Nain laissait dans son sillage...

On a commencé à discuter de son début de long week-end chez sa copine (rappel : elle 23, lui 17 et puceau). Et forcément la question qui me brûlait les lèvres était : est-ce qu'il l'a fait ou pas ?

"_Ben... ouais, c'est bon !
_Hum.... Hum.... ?
_N'empêche c'est marrant, on se demande comment ça va être, on flippe de pas savoir faire, si ça va faire mal... Et puis ça se fait naturellement ! C'est simple !

(Comme quoi la nature est bien faite...)

_Et ? ça s’est bien passé ? T’as duré trente secondes ?

_Pff ! même pas ! une seconde !

_Ah ouais ! quand même…

_Ouais mais je suis reparti direct. J’ai spermé et puis cette fois ça a duré au moins une demi heure ! J’étais crevé !

_... Tu as « spermé » ? (mdr)

_Ouais j’ai éjaculé, quoi !

_ « Spermé » !!!! « J’ai spermé » !!!

_Ouais bon c’est bon !! (mdr) Donc j'ai joui et... putain je vais tous les sortir, les mots pour...

_Ouais c'est clair ! (reprenant mon calme) bon et elle a aimé au moins ?

_Putain ! ouais ! je pense que oui !

_Bon c’est cool…

_Ben en fait tu vois, on en a parlé après... et elle m’a dit que ça faisait longtemps qu’elle avait pas pris de plaisir comme ça…

_Ah ? la pauvre… faut dire ya des mecs, ils s’en foutent, hein ?

_Ouais, mais moi en fait je préfère donner du plaisir

_Ah ! ça c’est bien ! Bravo !

_Par contre j’aimerais bien lui faire un cunni mais…

_Ah ! ça vaut mieux le faire quand tu te sens prêt, car si tu te forces la première fois, après c’est dur d’y retourner ! Moi tu sais, j’ai mis longtemps…

_Ouais mais ouais, je le ferai quand j’en aurai envie.

_....

_Mais putain les filles c'est trempée ! Quand je mettais les doigts...

_(MDR) Ah ben vaut mieux..

_Ouais sinon ça ferait trop mal !

......... Conversations nocturnes qui valent le coup de rentrer chez soi...........

09 mai 2008

Surprenant tournant

Ce matin en rentrant de chez la docteresse (c'est très moche), je me câle sur le banc de la terrasse. J'aperçois Maman dans sa chambre. Elle pleure.

Ele vient s'assoir sur le banc pour mettre de la crème sur ses jambes. Je lui demande ce qui ne va pas. Mamie l'a appelée ? Non. Elle a mal à la poitrine. Elle se sent opressée, pas bien.

Je suis plutôt destabilisée, je ne m'attendais pas à la découvrir dans cet état, surtout sans élément déclencheur.

En ce moment elle est fatiguée. Ellea finalement mise ma grand-mère dans une maison de retraire car le foyer ne lui convenait pas. Elle réclamait sans cesse l'infirmière, se plaignait de devoir faire ses repas... En même temps c'est pour l'autonomie qu'on accorde aux résidents que ma mère avait choisi ce foyer...

Ma grand-mère n'est plus capable. Elle oublie. Sa mémoire s'estompe, notamment sa mémoire immédiate. Et c'est usant... Répéter cinq fois de suite la même chose, entendre dix fois la même question...

Ce n'est pas de sa faute et on fait avec. Le problème réside dans le fait qu'elle ne fait pas confiance à ma mère. Quand elle lui dit qu'elle a déjà pris son médicament, elle ne la croit pas. "Tu es sûre ??" Et c'est un véritable cirque pendant un quart d'heure.

Elle appelle à la maison à 7h du mat' en panique, elle fait des crises d'angoisse. Ma mère la calme. Avant de partir à l'Ecole, Maman la rappelle pour savoir comment ça va :
"Oui qu'est-ce qu'il y a ? Ben non tout va bien ! Je t'ai appelée ? Mais non ! Pourquoi je t'aurais appelée ?"

Le week-end quand on l'amène à la maison, elle tire la gueule. Elle se fait monter la pression et chouine dans son coin. C'est traumatisant. Voir sa grand-mère dans cet état là... Elle fait l'enfant.
Et d'autres fois (plus rares) elle va bien, se promène dans le jardin, caresse les chats parle au chien...

Je ne l'ai pas encore revue depuis qu'elle est à la maison de retraite, mais apparemment ça ne va pas non plus. Les autres sont vieux et en piteux état (oui ma grand-mère de 85 ans dit : "les personnes du troisième âge" en parlant des autres mais pas d'elle), le repas est servi trop tôt, la rue est bruyante dehors...

Bref. Je me fais du souci pour ma mère. C'est elle qui s'occupe de Mamie, et c'est épuisant.

J'ai essayé de la dérider sur la terrasse. Elle m'a apporté des fringues qu'elle avait commandé, me suis foutue en soutif sur la terrasse et ait commencé mon défilé. Puis quand elle a proposé d'aller au marché de Pierrelatte, j'ai accepté malgré mon manque de sommeil.

On est rentré à 14h30...! Mais avec d'autres fringues ! ^^

Et le moral allait beaucoup mieux. On a parlé de mon petit frère et de sa copine de 23 ans, comme quoi quand la copine de mon Grand Frère l'a su, elle s'est exclamée : "haaan ! plus vieille que sa grande soeur ! Mais il n'a pas encore 18ans !!", et a cherché à en savoir un peu plus, du genre si ma mère l'acceptait et tout... Alors on rigolait de son attitude vieux jeu.

Ma mère elle est trop cool à côté. C'est un comble...

25 mars 2007

Pense-bête

Faut que je note quelque part ce que j'ai entendu hier à la télé... Je ne me rappelle plus leur nom. C'est la bande à Machin qui passait sur canal avec Karl Zéro.

Bref pour le sidaction, il avait fait un sketch, et était déguisé en bite.

A la fin, il sort : "L'amour c'est comme la belote, si on n'a pa confiance en son partenaire, on prend la main".
Ma mère a du mal à la retenir celle-là, mais elle a pas oublié le coup du : Johnny n'a pas de problème, lui, "c'est la deuxième paire gratuite"...

Morte de rire la famille en comité restreint.. c'est du joli !

30 décembre 2006

Je crise...

Vendredi 29 décembre :

Ya pas d'âge pour faire l'ado.. En même temps ce n'est pas comme si j'étais d'un grand âge. Mais ce sont des journées comme celle d'aujourd'hui qui me rappelle que je suis restée profondément une putain de gamine...!



Hier je comptais aller à mon appart' avec le Nabot pour aller au cinéma. Ma copine nous aurait rejoint, ou bien j'abandonnais le P'tiot au ciné et on allait se calées à mon appart'.. Bref.
Quand je lance à table qu'on va en ville, ma mère réagit instantanément par "Ah non ! Vous allez pas aller en ville !"
Pour situer le contexte : ma mère en ras-le-bol de tous ces allers-retours, or mon frère y était allé la veille pour aider le Grand qui déménage. Donc je lui accorde des circonstnces atténuantes. Mais merde ! Pas sur le coup. J'avais trop les boules. J'étais énervée contre elle et lui ai fait comprendre.
Et c'est pas drôle... Du coup elle a tenté des approches. Au départ elle était froide, du genre à faire des réflexions comme quoi je devais réviser. Puis elle me demande si l'on va marcher comme on avait prévu avant les vacances, je suis évasive, dis que peut-être, peut-être pas.
"Enfin quand tu auras réussi à redevenir de bonne humeur"

Là je ne peux m'empêcher de lâcher un sourire mais n'abandonne pas la partie ! "Oui, mais tu sais comme c'est difficile !"
C'est vrai, c'est pas évident. Parfois après avoir fait la gueule longtemps, j'ai envie de revenir "à la normale" mais je n'y arrive pas. Bref. Là de toute façon je n'avais pas envie.
Ensuite elle me sort qu'il passe aussi le film au cinéma dans une autre ville plus proche... Gnn ! C'est pas c'te ville qui m'intéresse, beaucoup trop loin, c'est à l'opposé.. ok, mais elle ne sait pas.. quel est mon véritable but dans l'histoire. J'ai baragouiné. Elle a laissé tomber.
Du coup je suis allée dans ma chambre pour bosser. Evidemment je n'ai rien foutu. Lorsque je suis redescendue, il n'y avait personne. Ma mère était partie.
"_Où ?
_A la Poste, me répondit le Frère, à pieds. Et c'est de ta faute je crois.
_Comment ça ?
_Ben je lui ai demandé si elle voulait que je l'amène en voiture elle m'a dit qu'elle voulait marcher et que comme toi tu ne voulais pas, et bien elle allait à La Poste..
_Pfff."

Ma foi... Je suis retournée dans ma chambre, pour continuer à ne pas bosser.
Elle est rentrée, a passé l'aspiro et s'est calée devant la télé. Puis le Nain est venu me chercher devant l'ordi (je cherchais des cours, juré!) pour me dire qu'il y avait "Le tigre et la neige" à la télé. Je me doutais que c'est ma mère qui l'envoyait..

"_Et alors ?
_Ben j'sais pas, c'est Maman qui m'a dit de te le dire.."

Tentative d'approche ? Je me dis que ça suffit comme ça, je lui ai pas déclaré la guerre non plus. Et puis je l'avais bien aimé ce film au ciné ! Le personnage parle trop mais bon..
J'ai pas desserré les dents pour autant, et j'ai enchaîné avec Kirikou.. Super aprèm', quoi !
J'ai abusé car, à table je suis une fois de plus restée de marbre.
Promis, demain j'arrête !

Voilà pour la petite histoire de mon existence puèrile...

Aujourd'hui j'étais de bien meilleure humeur, et elle aussi.
"_Tu as pris du sirop ?
_Oui.
_Sinon ça va mieux ? (sous entendu soupe à la grimace..)
_Oui.
...
_Toi aussi !" avec un sourire en coin. Une vraie peste !

On a enterré la hache de guerre et ça profite à tout le monde, car hier soir, mes frères m'ont dit : "Elle a saoûlé aujourd'hui Maman !!"

C'était en partie ma faute sa mauvaise humeur.. et ça découle sur les autres...

En même temps j'ai toujours dit que j'étais chiante..


"_Et ça va c'est pas trop dur, toi toute seule avec trois frères ??
_Non.. c'est dur pour eux !"

28 décembre 2006

Et maintenant le réveillon...

Voilà c'est fini comme nous rabâche l'autre.

Comment résumer ce Noël ? Je n'ai pas l'impression de m'être goinfrée. Moins que d'habitude en fait. C'est déjà un point positif...
Un aller pour Toulouse coincée entre la Maman et la Mamie dans une 307 pendant plus de trois heures... Mal aux reins à essayer de dormir avachie, l'ipod entre les jambes et la grand-mère qui demande toutes les minutes si je n'ai pas froid. Ma technique du petit scarabée endormi qu'il ne faut pas déranger n'a pas fonctionné...

Un retour à l'arrière du PT Cruiser, seule avec les deux grands frères sera vécu bien mieux...


Sur place je dormais chez ma marraine, autrement dit ma cousine, dans le lit rose de sa fille de
4 ans, et accessoirement avec une boule de poils toute noire qui ronronne puissament... Mon frère (2ème position dans la fratrie) est venu à ma rescousse pour jouer à la Barbie avec elle. Heureusement à Noël, elle a eu le château playmobil. Heureusement ?
"Tu joues avec moi ? Tu prends tous les garçons et moi toutes les filles !"
Du coup il y avait des dialogues assez intéressants :
"_Enchanté ! Je suis Arthur et vous ?
_Moi je suis la reine.
_Ah ! Vous êtes donc ma femme ! Cela tombe bien je vous cherchais. Mais je vous croyais rousse..
_Non je suis votre fille. Maman s'est perdue et s'est noyée.
_Ah cela est fâcheux.. Et que fais-tu ici, tu n'es pas à l'école ?"

Elle va avoir un petit frère, il va s'éclater ! Non, sérieusement, elle est adorable et parle mieux que certaines de mes connaissances. C'est fou, ça ! Pas de "c'est moi qui a.." par exemple. J'adooôre !
Sinon il a fallu que je chante Kirikou, ça va que je le kiffe... ça va que ce n'était pas "Totally spies" ou encore "Dora", car là, elle pouvait se gratter...!

Ces quelques jours ont failli me dégoûter de l'alcool, mais non. Pourtant je n'ai pas beaucoup bu. Je ne sais pas pourquoi ça m'a fait ça, peut-être ma dernière gueule de bois ou la maladie. J'ai un rhume, en plus de ma toux de trois semaines qui me lâche pas. Du coup je suis assez décalquée comme ça pour en plus me taper une cuite.

Alors je me rabats sur les chocolats, notamment ceux de mon petit frère. Je les préfère aux Daim's que j'ai eu pour Noël... Même si les Daim's c'est vachement bon, ça écoeure assez vite. Alors que les Célébrations, il y a plusieurs trucs...

Ces quelques jours étaient sympas mais sans plus.
Mamie a saoûlé tout le monde il me semble. Elle ne se censure plus et dit ce qu'elle pense. Elle oublie et se répète. A toujours froid. Elle est vieille, quoi. Et on perd patience plus rapidement. En tout cas ses filles sont fatiguées, elles. Il était temps qu'elle rentre...
Je suis dégoûtée, ça me fait de la peine. Et d'un autre côté je ne fais pas l'effort de rester avec elle, la divertir. Elle entend un mot sur trois, et ne pige pas mes blagues, donc... c'est frustrant. Elle insiste pour aider, comme hier soir : elle se plaint du froid dans la maison mais veut décharger la voiture alors qu'on se pèle le cul et râle qu'on ne la laisse rien faire...

Elle a maigri en plus, elle ne doit plus trop cuisiner maintenant qu'elle est seule...
C'est pas gai tout ça !
Cette année je suis pas d'dans.. Pas tellement envie de le fêter ce nouvel an. Pas envie de faire une grosse fiesta.

Je devais le faire avec LaRousse et LaStar, vagabonder... finalement je vais chez Tiq sans l'une ni l'autre. LaRousse sera à la montagne, et LaStar, pas motivée pour bouger, reste chez elle à la soirée de son petit frère. Ya des jours comme ça... Tant pis, je pense pas passer une mauvaise soirée, et puis avec LaStar on se fera une soirée anti-réveillon avant et puis voilà !


L'album de Jeanne Cherhal me fait penser à Carla Bruni et Emilie Simon...

02 novembre 2006

Si toi ça va, moi ça va...

Durant notre conversation de ce matin, ma mère m'a expliqué qu'elle n'arrive pas à consoler ma grand-mère. Elles n'ont pas de relations affectives. Elles ne se prennent jamais dans les bras. Ma grand-mère ne lui a pas appris.

"Bon mais elle sait le faire, puisqu'elle l'a fait avec vous."

Puis la discussion sur les reproches est revenue. J'ai remarqué que ça fait plusieurs fois qu'on aborde ce sujet. Elle me dit que si j'ai des reproches à leur faire, à P'pa et elle, que je ne dois pas attendre qu'ils soient vieux. Ils seraient faibles et ça serait trop tard. Et de me citer à l'appui le film de hier soir "Je ne suis pas là pour être aimé". Le mec attend trop longtemps pour dire à son père ce qu'il a sur le coeur.

A midi elle voulait un autre couteau, soi-disant que le sien ne coupait pas... "Attention on dirait Mamie !" Elle me tire la langue en souriant.
Elle nous avait demandé de lui dire, un jour que mes grands-parents étaient vraiment pénibles à table, de leur dire si avec mon père ils devenaient comme ça un jour...

Ma mère n'arrive pas. Elle n'arrive pas à comprendre ma grand-mère. Elle n'arrive pas à la consoler de son chagrin.

Mon grand-père et ma grand-mère se sont toujours disputés. Au point que parfois mon grand-père faisait la gueule pendant une semaine. Et quand on est enfant, ça doit être difficile à vivre.
Ils l'ont toujours fait. Mais c'est sûrement ce qui a permis à mon grand-père de vivre aussi longtemps. Avoir ma grand-mère sans cesse sur le dos. Elle le poussait à sortir, bouger, faisait attention à son alimentation...

Mais c'était parfois lourd à supporter. A table c'était fatigant de la voir l'engueuler, lui reprocher des conneries, s'énerver toute seule. La voir serrer les dents tout en râlant...

"Mais pourquoi ils se gâchent la vie ? Ils ont plus beaucoup de temps à vivre, et ils le gaspillent à s'engueuler ! Ils sont en assez bonne santé, ça va et... pff !" soupirait Maman. Combien de fois l'ai-je entendu se désespérer de leurs attitudes.

Elle m'a raconté qu'une fois elle s'est faite envoyer balader par ma grand-mère. Ils gèrent leur vie comme ils veulent.

Ma mère ne comprend pas le chagrin de ma grand-mère.

Elle m'a donné les larmes aux yeux. Je n'ai rien su lui dire... Je la comprend, elle qui a vécu ça toute sa vie... Mais c'est triste.

Mes grands-parents ont chacun vécu des trucs durs dans leur enfance, Maman vient d'apprendre que Mamie a été en pension à 5 ans et qu'elle n'a pas supporté... Mon grand-père, lui... orphelin très tôt, battu... La guerre...

Tout cela explique leur comportement... Ma grand-mère est par exemple incapable de faire un compliment. Maman va chez le coiffeur, si ma grand-mère ne dit rien c'est que ça va. Sinon.. elle le fait savoir...!

Je ne savais pas quoi dire à ma mère. Elle se prend beaucoup la tête quant à notre éducation. A-t-elle bien fait ? Elle aurait pu faire autrement ? Elle s'inquiète de savoir si ce que l'on fait nous plaît. Le principal est que l'on soit heureux.

Mon frère aîné arrête sa formation à 25 ans et recommence carrément autre chose, un BTS. Mes parents vont l'aider un peu financièrement, et ils ne lui ont pas reprocher ce changement. Ma mère s'est même inquiétée pour lui, la façon dont il vivait ça. Le fait que l'on aurait peut-être un boulot avant lui. Si ça le mettrait mal à l'aise...

Mes parents ne sont pas parfaits, et comme m'a dit ma mère, il est important que les enfants fassent descendre leurs parents de leur pied d'estale.. "T'inquiètes !" lui avais-je rétorqué en rigolant.
Mes parents ne sont pas parfaits et tant mieux. A rechercher la perfection, on s'éloigne du principal.

Quand je regarde autour de moi, j'hallucine, et même pas besoin d'aller chercher bien loin, mes ami(e)s me racontent de ces trucs ! Je suis bien lottie. Vraiment ! J'en culpabilise parfois...


Le cahier des reproches n'est pas encore imprimé, Maman, ne t'en fais pas.

14 octobre 2006

Mes yeux sont secs... ou pas vraiment.

Mercredi après-midi je devais voir ma mère. Elle m'appelle à 7h45.
"_Papy est parti..."

Où ? De l'hôpital ? m'entends-je penser bêtement.

Non. Parti. C'est tout. Et il ne reviendra pas. J'ai mis du temps à le réaliser vraiment. A présent...

J'ai pas vraiment réfléchi, j'ai pris mon vélo comme prévu pour aller en cours. Quelques larmes semées sur le bitume. Puis arrivée à la fac je l'ai accroché et une copine est arrivée. Impossible d'empêcher mes larmes de se faire la belle. Et je n'ai prévu aucun mouchoir. Elle en a un. Merci puis je l'évite, suis incapable de lui expliquer ce qui ne va pas. Si j'ouvre la bouche les sanglots et les hoquets se bousculent dans ma gorge et je ne veux surtout pas que ça arrive, c'est tellement difficile de s'arrêter ensuite...

J'entre dans l'amphi, baisse la tête et vais me réfugier au dernier rang. Yo s'aperçoit de mon état. Je ne l'entends pas. Je n'ai pas envie de donner d'explications, je ne veux parler à personne.

Je fais la sauvage.

Je m'empresse de sortir du cours. Toute la matinée je baisse les yeux, évite soigneusement les gens.

Texto de Yo : "Je ne sais pas encore ce que tu as mais si tu as envie d'en parler, je suis là, on s'inquiète pour toi. On t'adore. Bisou"
J'apprécie. Si, si. Mais... Non. Je peux pas. Je n'ai pas envie. Je l'imagine venir vers moi toute gentille, dégoulinante de pitié, de compréhension. Je supporte pas. Elle m'appelle, je ne réponds pas.

Tiq m'envoie un texto plus brut de décoffrage : "Qu'est-ce qui va pas mon amour ? t'avais une sale tête ce matin ? Bizou de moi et sand ! la chance !" Je ne réponds pas non plus.

A midi et demie je ne sais pas quoi faire. Je vais manger avec les filles ? Surtout pas. Regards interrogateurs, questions peut-être, déversement interminable de larmes.
Je suis un peu paumée. Je plane. J'ai pas la force de rentrer en vélo. Mais il le faut. Que puis-je faire d'autre ?

J'appelle ma mère, pour savoir où elle en est, elle devait monter chez ma grand-mère. Ne plus dire chez Papy et Mamie... Elle y est, ça va. Je ne pense même pas à lui demander comment ça va. Je ne sais pas quoi dire, chaque mot me demande de l'effort pour ne pas pleurer et arriver à articuler un mot.

Obsèques vendredi matin à Embrun puis enterrement dans la Drôme.

Ensuite j'ai mon père au téléphone. On doit s'arranger pour que je rentre à la maison et parte avec mon frère ou lui. Il m'apprend que mon petit frère a mal encaissé la nouvelle. Je pleure de plus belle.

Je lui envoie un texto pour savoir comment il va, s'il veut que je l'appelle le soir. Il va pas bien, veut que je l'appelle, n'a rien dit à personne... Finalement il arrêtera les cours. "J'ai craqué".

Moi j'ai cours. J'ai quand même envoyé un texto à Yo pour la rassurer.
J'attache une fois de plus mon vélo, cette fois, je laissais aller mes larmes sur la route, les textos de mon petit frère m'ont fait trop de peine.
Je passe devant les filles, je sens Tiq arriver dans mon dos. Je n'ai toujours aucun contrôle sur mes larmes...
T'as eu un décès ou quoi ?
Hochement de tête.
Ton grand père ?
Hochement de tête. Larmes.
Tu veux qu'on reste ensemble après les cours ?
Balbutiements, oui, mais non, je sais pas, oui...

On me regarde bizarrement en cours mais aucune question. Merci. Je crois que je fais peur. J'veux dire, j'suis comme ma mère, la première impression qu'on a de moi est fausse. Je suis froide. On me craint, car quand je tire la gueule, il ne faut pas venir me voir, j'envoie chier tout le monde.
Mais j'fais un travail sur moi-même promis.

Là, pas envie. Vraiment pas. Egoïste. J'me le suis répété toute la journée. J'avais des pensées zarb' qui me faisaient culpabiliser.

Fin du cours, agglutinements des gens, je peux pas échapper à Yo. Ma puce, je suis désolée... viens j'te fais un bisou. Tu veux venir chez moi ? Refus catégorique. On va dormir ! Bon si tu veux passer y'a pas de soucis !
C'est vraiment la dernière chose que je voulais faire. Me morfondre chez elle recouverte de bisous et câlins...

Je vais chez Tiq. Elle m'a prévu un joint me dit-elle... C'est mignon. J'en avais pas forcément envie mais pourquoi pas ? Cela ne veut pas dire que je vais finir tox.

Je lui en parle. Mais elle a compris de quoi j'avais besoin. On rigole. Je culpabilise mais arrive à rire. On taille des shorts, notamment sur la niaiserie de Coke et Zep...

Elle me propose d'aller à la piscine avec elle. j'ai mal aux yeux et au front mais je fini par accepter. Je ne sais pas lui dire non... Et puis c'est un moyen de ne pas me retrouver seule dans mon appart', dernière chose dont j'ai envie.
De quoi ai-je envie ? Être tellement fatiguée en rentrant chez moi que je m'endormirais immédiatement. Ne pas avoir le temps de me passer les images devant les yeux encore et encore...

Le chlore m'achève les yeux, le trop de peuple m'achève le moral. Mais Tiq me fait rire. Elle a vraiment une sale gueule avec les lunettes ! Et à chaque rebord elle me sort une connerie. Le pire, elle me refait Foresti : "Ouurh ! Je te touche ! Je t'ébouriffe !" ça me stresse. Je manque de la taper... Finalement ja la coule.

Ensuite on va chez sa tante. J'ai mon petit frère au téléphone. Il est entouré ça va. Il rentre le lendemain soir. Petit moral. Il a du mal à le croire lui aussi. Puis Maman. Enfin "et ça va toi ?"
Petit silence puis petite voix : tant qu'on me parle pas de vous ça va... Papa a du lui raconter la réaction de mon petit frère. Je la rassure.

Mon grand frère viendra me chercher à mon appart' le lendemain soir et on montera tous les trois rejoindre mes parents, ma tante et mon oncle, et ma grand-mère.

Mission accomplie, je me couche fatiguée.

Le lendemain ça va mieux. Juste au tennis avec la fac, je manque de pleurer en m'apercevant que j'ai oublié ma raquette à mon appart'. Tiq m'en trouve une. Puis lorsque le prof m'emmerde, me demande de sourire en plus...

De retour à mon appart' je bosse mon histoire. j'ai un contrôle le mardi, j'ai pas révisé évidemment... Je suis concentrée, je pense à rien d'autre.

Dans la voiture avec mes frères, le plus vieux et le plus jeune. Je suis à l'arrière, personne ne parle. Seulement lorsqu'on arrive à la maison. On mange, je fume à ma fenêtre, on repart.
Cette fois-cu je suis devant et on parle. On s'échange nos dernières heures passées chacun de notre côté. Tous les deux aussi ont fait les sauvages et n'ont pas trop parlé.
Puis la discussion dérive, le ciné bien sûr... Le Petit s'endort derrière et pète aussi... ça va mieux.

A destination Mamie a des petits yeux, sûrement comme moi... Maman a l'air d'aller. Je suis super fatiguée, je dors sur le canapé, mes frères vont à l'hôtel.
Je suis perdue lorsque mon père me réveille le lendemain matin. Maman me donne les directives, je déjeune, me lave, m'habille. est-ce que je veux voir mon grand père pour la dernière fois ? non. Je veux garder une belle image de lui. Et je ne me sens pas capable.

Mon autre frère arrive avec le reste de la famille. Je recommence à pleurer. Je m'en veux. Je comptais m'occuper de mon petit frère, mais il s'en sort mieux que moi.

Cathédrale d'Embrun. Le cercueil arrive... Il m'a l'air petit, est-ce que j'idéalise mon grand père ? Ce pupille de la nation, qui a fait la seconde guerre mondiale, qui était porte-drapeaux, prof de ski... Notre plus grand regret sera sûrement de ne pas avoir consigné tous ses récits. Il a vécu tellement de choses. Battu petit, à traverser un bois pour aller chercher du pain à 5 ans...

Il était beau et fort, patient pour supporter ma grand-mère et vice-versa, souriant à table avec ses piques en patois, apprécié par les gens. J'étais fière de mon Papy. Je pouvais ! Je peux...

Ma tante a dit de très belles chose dans l'église. Comme quoi ils ont dit à ma petite nièce qu'il était chez les anges mais qu'elle savait qu'il était avec nous, dans les sourires, les gestes des gens de la famille... Mon frère par exemple. Il lui ressemble beaucoup.

Après des sandwichs chez mamie, encore sur la route. Avec mon grand frère, j'arrive à chanter "Afrique" et même "Tryo". Puis chez ma grande tante, on retrouve le reste de la famille. On se rend au cimétière. Mamie demande s'il lui restera une place... Les pompes funèbres sont très sérieux, très pro. Quel boulot...
Mon autre grand-mère est là. Elle m'énerve. Même là elle parle. Elle arrête pas, elle embête mon père, fait des réflexions...

Je pleure. Encore et toujours. Je suis fatiguée. Et de voir mes frères pleurer également me rend encore plus triste. Ma mère me prend la main, je dois assurer, savoir moi aussi être là pour elle. Mon grand frère d'1m98 qui a les yeux rouges et ne peut s'empêcher de verser encore des larmes alors qu'il y a moins d'une heure nous chantions, me perturbe.
Toute la journée nous enchaînons des moments sympas et des moments douloureux. Je culpabilise toujours. Puis me dis que la vie continue, me rassure comme je peux.

Retour chez ma tante. Boissons, café, pognes, gâteau aux noix, aux fruits... Les discussions vont bon train, on ne dirait pas que l'on quitte un enterrement. Sensation bizarre.
Je quitte tout ça pour aller jouer au loto avec mon deuxième frère. Mon grand-père en avait l'habitude. Cela lui permettait de sortir un peu, de le motiver. On en a profité pour regarder ce qu'il avait gagner... 2 euros... Nous n'avons rien gagné non plus ce vendredi.

Maintenant la page est tournée ? La vie reprend son cours ? J'arrive à dire "j'étais à l'enterrement de mon grand-père" sans ressentir cette aspiration dans mon ventre, comme si mes larmes partaient de là pour exploser à l'orée de mes yeux. Alors ?

Et ma grand-mère ? Il était sa mémoire, il lui permettait de garder la tête froide, se concentrer... Et elle ne peut plus rester seule dans cet appart'.

J'ai toujours du mal à imaginer son fauteuil vide... Je le revois lorsque je revenais du ski/surf, je le revois, lorsque j'étais enfant, nous faire la tête car on avait oublié de lui faire la bise du matin, ses mains fatiguées et déformées, son pas chancelant, Mamie s'énervait après lui, mais l'appeler quand même "chéri"... Qu'est-ce qu'ils ont pu s'engueuler tous les deux ! A table nous riions dans le dos de Mamie tous les dents, il souriait et soulevait les épaules. Me lâchait quelques mots en patois que je déchiffrais...


Papy Louis : 14 mai 1914 - 10 octobre 2006